Agate

> > Agate ; écrit le: 7 avril 2013 par La rédaction modifié le 28 décembre 2018

L’agate est une calcédoine rubanée à couches concentriques, parfois traversée d’opale. Les fins cristaux aciculaires de quartz sont orientés perpendiculairement aux surfaces de chaque strate. Les différentes zones sont tantôt multicolores et tantôt monochromes. Les agates des gisements d’Allemagne – aujourd’hui épuisés – avaient des couleurs tendres à intenses allant du rose au brun en passant par le rouge, séparées par des bandes interstitielles d’un gris lumineux. Les agates d’Amérique du Sud sont pour la plupart d’un gris neutre sans texture particulière. Elles révèlent par teinture une texture nette. La transparence des agates varie du presque diaphane à l’opaque. En lames assez minces, la plupart des agates sont translucides. Le nom «agate» pourrait provenir de celui d’une rivière de Sicile (plus probablement d’un terme arabe désignant des cheveux de nouveau-né).

Origine:

Les agates se trouvent en nodules ou en géodes dont le diamètre varie de quelques millimètres à plusieurs mètres, plus rarement en remplissage de fractures, dans des roches volcaniques pauvres en silice (mélaphyres, porphyres). L’alternance des bandes de l’agate est liée à une cristallisation rythmique. Mais les opinions diffèrent quant à la manière dont elle s’opère. On croyait autrefois que les bandes de l’agate résultaient de la cristallisation de solutions riches en silice à l’intérieur de bulles de gaz. Selon une théorie récente, la formation de l’agate et celle de la roche mère seraient simultanées. Des gouttes siliceuses fluides incluses dans la lave se refroidissent en même temps qu’elle, et il se produit depuis la périphérie de cette cavité une cristallisation en couches. Une nouvelle théorie avance que ce sont des solutions colloïdales et non des fluides qui traversent les parois de l’agate, c’est-à-dire qu’il entre dans la cavité agatifère des matières entraînant des granules de diverses grosseurs.

Les couches d’agate sont individuellement d’épaisseurs diverses, mais la présence d’une couche particulière est constante dans l’ensemble du nodule. Si l’intérieur du nodule est incomplètement rempli d’agate, il peut se constituer dans la cavité restante des cristaux bien développés de cristal de roche, d’améthyste, de quartz-fumée, parfois accompagnés d’anhydrite, d’ankérite, de barytine, de calcite, de goethite, d’hématite, de sidérite et de zéolites. Un nodule comportant une cavité ainsi tapissée de cristaux s’appelle une druse. Si l’intérieur est totalement empli, on parle de géode.

Variétés d’agate :

II existe pour l’agate de nombreuses appellations commerciales selon le type, l’arrangement et la texture de ses bandes ; en voici quelques exemples :

Agate aérohvdre (synonyme enhydre) : Nodule d’agate ou de calcédoine monochrome en partie empli d’eau, que l’on voit luire par transparence. Il arrive souvent que le liquide disparaisse lorsque la pierre est extraite de la roche mère.

Brèche d’agate (agate bréchique) : Agate fragmentée par des pressions tectoniques et consolidée par un ciment siliceux.

Agate dendritique: Calcédoine translucide, incolore ou gris pâle, contenant des dendrites; le terme agate est impropre puisqu’elle n’est pas zonée.

Agate-feu : Calcédoine stratifiée opaque, très limonitifère, à jeu de couleur iridescent, produit par des interférences lumineuses sur les strates.

Agate fortifications: L’arrangement des bandes rappelle les bastions des fortifications anciennes (redents à la Vauban).

Agate mousse : Calcédoine translucide et incolore avec inclusions de chlorite verte rappelant la mousse; le terme agate est impropre puisqu’elle n’est pas zonée.

Agate œillée : Couches en anneaux concentriques avec un centre marqué.

 Agate orbiculaire : Couches d’agates circulaires centrées sur un point au milieu du nodule, ou excentrées.

Agate paysage: Agate arborisée dont les dendrites brunes ou rougeâtres évoquent un paysage; le terme agate est impropre puisqu’elle n’est pas zonée.

Pseudo-agate (synonyme : agate polygonée): L’intérieur comporte le zonage et la cavité géodique de l’agate, mais l’extérieur présente une forme anguleuse géométrique, et non celle d’un nodule. Elle se forme vraisemblablement par pseudomorphose, par emplissage du vide laissé par la dissolution d’un cristal. Se rencontre dans des roches meubles au Brésil. Certains échantillons atteignent 75 cm de dimension. Nombreux noms commerciaux fantaisistes (tel le terme impropre de « quartz polyédrique »).

Agate rubanée ou zonée: Ses bandes alternent parallèlement à la paroi externe.

Agate-sardoine : Agate à zonage externe concentrique, conchoïdal et à nombreuses couches internes planes parallèles.

Agate tubulaire : Agate traversée de ses anciens canaux nourriciers, le plus souvent entourés de couches concentriques, bien visibles sur une section.

Œufs de tonnerre. Nodule d’agate zonée à surface effrayante. Provenance : Oregon (États- Unis), Mexique.

Gisements:

Jusqu’au début du xv siècle, les plus importants gisements étaient situés aux environs d’Idar-Oberstein, dans le Palatinal rhénan (Allemagne). Les nodules d’agate, qui dépassaient rarement la taille d’une tête humaine, avaient de très jolies couleurs (gris, rouge, rose, jaune, brun, bleu pâle) et n’avaient pas besoin d’être teints. L’exploitation est fermée.

Actuellement, les gisements les plus productifs se trouvent au sud du Brésil (Rio Grande do Sul) et au nord de l’Uruguay. Les nodules d’agate des éluvions et alluvions proviennent de mélaphyres. La couleur de ces agates est principalement grise, et le zonage s’y distingue à peine. Ce n’est que par la teinture qu’elles prennent un aspect attrayant (p. 136). D’autres gisements se trouvent en Australie (Queensland), Caucase, Chine, États-Unis (Wyoming- Montana), Inde, Madagascar, Mexique, Mongolie, Namibie.

Couleurs de l’agate :

Les gisements d’Amérique du Sud, fournisseur le plus important pour l’industrie de l’agate, donnent des agates qui sont, à l’état naturel, d’un gris insignifiant et généralement dénuées de toute texture visible. Ce n’est que par la teinture qu’elles prennent une vivacité de tons agréable et dévoilent leur texture.

L’art de la teinture était déjà connu des Romains. Il est pratiqué à Idar-Oberstein (Palatinat) depuis les années 1820, où il a été mené à la perfection. Ceci explique que s’y soit développé l’un des centres les plus importants pour la taille de l’agate et des pierres de couleur.

Les agates réagissent différemment à la teinture selon le degré de porosité et selon la teneur en opale et en eau de leurs diverses couches. Les bandes blanches constituées d’agrégats quartzeux très compacts ne prennent pas la teinture.

Le professionnel appelle «tendres» les couches qui se laissent teindre facilement; les autres sont appelées «dures».

Chaque entreprise garde jalousement sa technique de teinture, mais le principe général est bien évidemment connu. Les colorants utilisés sont généralement inorganiques, car les colorants organiques pâlissent à la lumière et leurs teintes sont moins vives. Les agates artificiellement teintes ne sont pas reconnaissables à l’œil nu, à moins qu’elles ne soient d’une couleur particulière, tel le bleu vif, que l’on ne rencontre guère dans la nature.

Conformément aux règles de la CIBJO, les agates zonées qui ont acquis une nouvelle couleur stable permanente et irréversible par traitement thermique et action d’acides ou de mordants n’ont pas à être déclarées «traitées» aux acheteurs.

Après nettoyage à l’acide chaud ou lessivage, les agates, avant teinture, sont ébauchées dans leur forme définitive, et souvent aussi taillées et polies.

Teinture rouge: La substance colorante est l’oxyde de fer, L’agate est d’abord plongée dans une solution de nitrate de fer, puis chauffée à haute température c’est-à-dire «brûlée». Divers tons de rouge sont obtenus grâce à des procédés techniques variés. Les zones naturellement jaunes deviennent déjà d’elles-mêmes rouges au chauffage.

Teinture jaune: La substance colorante est le chlorure de fer. L’agate est d’abord imprégnée de chlorure, puis légèrement chauffée; elle devient ainsi jaune citron.

Teinture brune: Les tons bruns sont obtenus à l’aide d’une solution de sucre et de chauffage. Des résultats similaires sont obtenus à partir de nitrate de cobalt.

Teinture noire: La substance colorante est le carbone. Une solution de miel ou de sucre très concentrée, suivie d’un traitement à l’acide sulfurique chaud, confère un noir profond à l’agate. Certaines modifications conduisent aussi au brun. Le nitrate de cobalt donne des résultats analogues.

Teinture verte: La substance colorante est le chrome. Pour prendre la couleur verte, l’agate est d’abord imprégnée d’une solution de sel de chrome, puis ensuite fortement chauffée. Une solution de nitrate de nickel et un chauffage intense donnent le même résultat.

Teinture bleue : La substance colorante est le fer. Les agates sont d’abord plongées dans une solution saturée de « sel jaune de lessive sanguine » (ferrocyanure de potassium) puis portées à ébullition dans du «vitriol ferreux» (sulfate de fer hydraté), ce qui produit du bleu de Prusse.

Développement de l’industrie de l’agate a Idar-Oberstein :

L’agale occupe une place particulière parmi les pierres ornementales. C’est sur elle que repose une industrie unique en son genre, rassemblée dans un centre qui n’a pas d’équivalent dans le monde : Idar-Oberstein (Palatinat rhénan). Initialement, les bases de ce développement furent des conditions naturelles exceptionnellement favorables : des gisements d’agate et de jaspe sur place, de bonnes grésières pour la confection des meules de taille dans le voisinage, et la puissance motrice de l’eau pour actionner ces meules.

Les débuts du travail de l’agate dans la région d’Idar-Oberstein remontent à la première moitié du xv siècle. C’est en 1548 que, pour la première lois, fut mentionnée à Idarbach une taillerie d’agate (dite «moulin d’agate» dans les cercles professionnels). Cent ans plus tôt, agate, jaspe et quartz étaient déjà exploités régulièrement, mais travaillés ailleurs.

Vers la fin du XVII siècle, il y avait déjà quinze tailleries hydrauliques à Idarbach ; vers 1800, elles étaient une trentaine. Au début du xix’ siècle, au fur et à mesure que les gisements locaux s’épuisaient progressivement, de nombreux spécialistes quittèrent le pays. Et ce fut le point de départ d’un nouvel essor de l’industrie des gemmes à Idar-Oberstein : les émigrants, qui cherchaient d’abord à se placer comme musiciens, trouvèrent par hasard de vastes gisements d’agate au Brésil. Le premier envoi d’agates du Brésil à Idar-Oberstein eut lieu en 1834. Toute la région fut saisie d’une frénésie industrielle : en 1867. Il y avait 153 tailleries hydrauliques.

Avec l’arrivée de la vapeur et surtout l’utilisation de l’énergie électrique, les tailleries étaient libérées de l’obligation de s’installer sur la Nahe, ce qui permit de décentraliser cette industrie. Aujourd’hui, elle est dispersée dans toute la région environnante.

Malgré l’installation d’industries et de tailleries de gemmes dans des pays de plus en plus nombreux, Idar-Oberstein demeure toujours le haut-lieu où des spécialistes ne travaillent que les plus prestigieuses qualités d’agate.

Histoire des tailleries d’agate :

La plus ancienne façon d’abraser l’agate fut de la frotter contre des grès posés à plat. Ce ne fut probablement qu’au commencement du xiv siècle que fut utilisée pour la taille une meule de grès verticale, actionnée par l’eau : à l’extérieur de l’atelier, une roue à aubes, mue soit par l’eau courante soit par une chute d’eau aménagée sur l’écluse d’un étang artificiel, faisait tourner à l’intérieur un axe horizontal supportant plusieurs meules de grès verticales, d’environ 1,50 m de hauteur et 40 à 50 cm d’épaisseur.

Les lapidaires se plaçaient à plat ventre devant ces meules sur un tabouret spécial, dit Kippstuhl (chaise basculante), et poussaient fortement la pierre à polir contre la meule de grès ruisselante d’eau. Comme l’épaisseur de cette meule était façonnée coniquement, selon un angle obtus partant de son milieu, deux ouvriers pouvaient travailler sur la même meule.

L’emploi de la vapeur puis du courant électrique comme force motrice, ainsi que l’introduction du carborundum comme abrasif permirent de construire des postes de travail où le lapidaire est assis. Ils sont plus commodes et exigent beaucoup moins d’efforts musculaires qu’autrefois.

Utilisations de l’agate :

Il y a 3 000 ans, l’agate était déjà travaillée au Moyen-Orient en sceaux-cylindres, bagues hololithes, intailles et coupes. Elle est aujourd’hui utilisée pour la fabrication d’objets d’art, de cabochons, bagues, broches et pendentifs. Ses couches multicolores la font employer dans la réalisation de camées; sa dureté et sa résistance aux produits chimiques lui assurent aussi une utilisation industrielle.

Gemmes rubanées :

Les gemmes rubanées sont celles dont les couches superposées de teintes diverses sont utilisées dans la glyptique (art de tailler les pierres en camées ou de les graver en intailles). L’agate, avec ses couches régulières et parallèles, y est couramment employée afin qu’une couche claire ressorte sur une couche foncée. L’agate du Brésil fournit le meilleur matériau brut pour ce travail. En général, les camées sont sculptés sur des agates à deux couches, exceptionnellement trois. Mais il existe des chefs-d’œuvre exécutés sur des agates à cinq couches. Il est très rare que des camées soient faits dans des agates convexes et à couches plus nombreuses.

Technique de la glyptique :

L’outil essentiel du graveur est un petit tour muni d’un axe horizontal, sur lequel peuvent être adaptées des fraises interchangeables de formes diverses (disques, sphères, cônes, aiguilles) rangées en grand nombre à portée de la main sur un porte-fraises. Un moteur électrique imprime à ce tour 3 000 à 5 000 tours/minute. Le graveur guide la pierre à la main sur la fraise en rotation, ce qui exige une extrême précision et une grande connaissance des pierres. La concentration requise est si intense que le temps de travail ne peut guère dépasser 2 à 3 heures.

Les « aiguilles » et les « têtes » en rotation sont constamment enduites d’huile chargée en poudre de diamant, ce qui les refroidit et leur confère une surface abrasive car, en cours de gravure, les petits éclats de diamant s’incrustent dans le fer des fraises, en raison de la dureté moindre du métal.

Le polissage s’effectue au moyen de matériaux mous – bois, cuir, etc. – enduits de pâtes à polir spéciales, et arrosés d’eau. Ce travail permet d’effacer en même temps les marques faites par la pointe métallique durant l’esquisse préparatoire.

Des transmissions flexibles ont été récemment mises en service. Mais elles sont employées de préférence pour des sculptures de plus grandes dimensions, trop lourdes pour être guidées à la main.

Bien qu’aujourd’hui toutes les gemmes et pierres ornementales soient utilisées pour la gravure, le travail de l’agate, particulièrement celui des agates rubanées, l’emporte très largement.

Vidéo : Agate

Vidéo démonstrative pour tout savoir sur : Agate

← Article précédent: Agate arborisée Article suivant: Jaspe


Une réponse pour "Agate"

  1. Eoline Savary  11 mai 2019 at 15 h 19 min

    “Conformément aux règles de la CIBJO, les agates zonées qui ont acquis une nouvelle couleur stable permanente et irréversible par traitement thermique et action d’acides ou de mordants n’ont pas à être déclarées «traitées» aux acheteurs.” elles doivent l’être, du moins c’est ce qu’il y a écrit dans le livre d’où vous tenez vos infos

    Répondre

Laisser une réponse

Votre mail ne sera pas publié

Top articles de tout le site